Nos parents âgés peuvent-ils encore apprendre ?

Avec l’augmentation du nombre de personnes ayant une maladie d’Alzheimer, il existe une crainte concernant les capacités intellectuelles des personnes âgées même indemnes de cette affection.

Chacun peut constater une baisse de ses capacités avec l’âge.

Par exemple, connaissez-vous le memory ? Ce jeux est constitué de paires de cartes identiques retournées comportant des animaux, plantes, objets. Chaque joueur découvre deux cartes : s’il trouve la paire, il la garde. Sinon, il repose les deux cartes à leur place et c’est le joueur suivant qui essaie de trouver une paire. C’est le joueur qui a retrouvé le plus grand nombre de paires qui gagne.

Bref, un jeu de mémoire tout bête, à la portée de n’importe qui !

Et bien avec mes enfants à l’école primaire, j’étais systématiquement perdante.

C’est la première fois que j’ai constaté que ma mémoire et mon cerveau n’étaient plus aussi vifs. Dur à la quarantaine, n’est-ce pas ?

Avez-vous déjà fait une telle constatation ?

Peut-être avez-vous essayé les jeux vidéo de stratégie où il faut concentration, stratégie et rapidité ? Des chercheurs canadiens de l’université de Burnaby ont étudié les performances de joueurs âgés de 16 à 44 ans : l’âge où les performances globales étaient les meilleures était 24 ans !

Heureusement, la mémoire et le cerveau évoluent tout au long de la vie ce qui permet l’adaptation de tout individu même âgé à sa condition.

Je ne parlerai pas ici des pertes de mémoire liées à des maladies cérébrales comme la maladie d’Alzheimer qui malheureusement interdisent tout apprentissage.

Mais pour vous aider à prendre en charge vos parents, il est intéressant de comprendre les spécificités de la mémoire et du cerveau vieillissant normal :

  • Comment fonctionne la mémoire ?
  • Pourquoi la mémoire semble-t-elle moins bonne chez les sujets âgés ?
  • Quelles sont les particularités du cerveau vieillissant ?

Comment marche la mémoire

Comment fait notre cerveau pour analyser, trier et stocker les milliards de données qui lui parviennent ?

Chez ma grand-mère où j’allais en vacances en Alsace, se trouvait un camp de gitans. Ils vivaient dans un grand champ à l’orée de la forêt, au col de la Vancelle. Ma mémoire, qui embellit peut-être les choses, me montre des chevaux et des roulottes en bois, des femmes brunes avec des anneaux en or qui vendaient des paniers et des serpillères aux habitants du village.

Les gitans illustrent le fonctionnement de la mémoire des personnes âgées
Voilà aujourd’hui le souvenir que je garde de ces personnes.

Ils étaient là l’été, repartaient pour des pays inconnus l’hiver. Ça me semblait bien plus merveilleux que la vie dans ma maison où il me fallait ranger ma chambre.

Mais, je me demandais toujours :

Comment font-t-ils pour stocker toutes leurs affaires dans la petite roulotte ? Que gardent-ils au juste ? Comment peuvent-ils retrouver leurs affaires au moment opportun ?

C’est exactement la problématique du cerveau lors du processus de mémorisation :

1- Première phase d’enregistrement d’informations transmises par nos 5 sens : la mémoire sensorielle.

Notre cerveau reçoit une multitude de perceptions.
Comme le gitan qui doit déterminer quel est l’objet indispensable devant être conservé, le cerveau doit décider quelle information a de l’importance. Entre les milliers d’informations en provenance de nos cinq sens, le cerveau filtre.

L’attention que met le cerveau à distinguer l’intéressant de l’inutile est déterminante pour la qualité de l’enregistrement.

2- Deuxième phase : Phase de stockage ou de fixation de données

Notre gitan a décidé de gardé un élément de son environnement. Comment va-t-il le stocker ? Il peut accumuler sans ordre dans sa roulotte mais probablement cela va être difficile de retrouver les choses.

Il va donc choisir un système de rangement qui dépendra de sa personnalité, de sa culture, de son projet : selon l’ordre d’arrivée, selon le type d’objet, la taille ou l’utilité…

Dans le cerveau, l’information est transférée vers la région de l’hippocampe. C’est à ce niveau qu’est gérée la donnée, transformée en trace mnésique puis stockée dans le cortex cérébral.

Anatomie du cerveau montrant le fonctionnement de la mémoire

Notons que l’hippocampe, cette structure essentielle pour le stockage de l’information, est touché en premier dans la maladie d’Alzheimer. C’est donc cette phase de fixation des données qui est déficiente dans cette maladie.

3- Troisième phase : Phase de récupération ou expression du souvenir 

Le gitan a maintenant besoin de retrouver un des objets stocké il y a une heure ou il y a dix ans.

Il va pouvoir utiliser plusieurs stratégies : il va réfléchir sur

  • sa nature: à quoi il sert, quelle est sa matière
  • son contexte d’acquisition: le ciel était bleu, il y avait un parfum de mûres dans la forêt, les cloches sonnaient
  • les émotions qui y sont rattachées: j’étais heureux.

Il peut alors retrouver la statuette en bois de la Vierge qu’il a reçu dans la forêt de Lièpvre lors du mariage de sa fille.

De façon analogue pour retrouver des souvenirs, le cerveau va utiliser des stratégies variées qui sont sous le contrôle des lobes frontaux. Il fait intervenir différents centres du cerveau où sont stockées les différentes mémoires visuelle, auditive, émotionnelle, culturelle etc…

Vous voyez que le processus est complexe !

Beaucoup de phénomènes peuvent la perturber.

En vieillissant, les stratégies de récupération des données pourtant bien mémorisées sont moins efficientes.

Pourquoi avec l’âge, la mémoire semble-t-elle moins bonne ?

Peut-être, votre parent semble oublier plus que dans le passé. Il ne sait plus le film qu’il a vu la veille. Il oublie son rendez-vous chez le garagiste. Il a des difficultés parfois à trouver un mot. Il peine à retenir le fonctionnement du nouveau four micro-onde-grill.

Un four micro-onde très dur à utiliser pour des personnes âgées avec des difficultés de mémoire.
Cet objet futuriste peut impressionner votre mère ! Simplifiez-lui le mode d’emploi afin qu’il ne soit pas uniquement un objet décoratif.

Avant de vous alarmer, faites un peu plus attention :

Votre parent fréquente l’université tout âge. Il continue à lire et à se passionner sur les prochaines élections. Il participe toujours aux tournois de bridge où il compte sans faillir les atouts. Et il a installé Skype suite à la naissance de sa petite fille outre-mer. Sa vie ne semble pas gênée par les petits troubles qu’il présente

Vous voyez, les capacités d’apprendre persistent, les systèmes de mémorisation fonctionnent.

1- Les petits troubles que vous constatez sont plutôt des troubles de l’attention.

Souvent, les seniors n’apprennent plus ou oublient les choses car ils ne sont plus intéressés par le monde qui les entourent ou parce que leur attention est moindre. C’est la phase 1 du processus de mémorisation qui ne se fait pas : Ils voient mal, ils entendent mal, ils sont préoccupés, ils sont fatigués : alors ils enregistrent moins bien.

C’est encore pire si ils sont anxieux ou déprimés car leur esprit rumine des pensées tristes qui les occupent toute la journée.

Certains médicaments peuvent émousser leur attention notamment les sédatifs ou certains médicaments pour la douleur qui comprennent de la codéine ou de la morphine.

A vous donc de stimuler leur attention et leur motivation à rester dans le monde qui les entoure. Il faut les faire participer le plus possible. Les encourager à sortir, communiquer, aller au cinéma, participer à des voyages…

2- Parfois c’est la phase de récupération des souvenirs qui est difficile.

L’information est bien connue mais il est difficile de l’énoncer: retrouver un nom, une idée, un fait. On l’a au bout de la langue mais impossible à dire !

Pour se souvenir, il faut chercher dans différents centres de la mémoire. Avec l’âge, cette recherche est moins performante.

La donnée que l’on recherche activement, parfois avec agacement ne vient pas. Elle reviendra plus tard sans crier gare, alors qu’on ne la cherche pas et on n’en a même plus besoin. Preuve cependant que l’information a bien été stockée.

C’est la démonstration aussi qu’il faut être posé, serein. Le moindre stress va perturber la recherche.

Exactement comme ma mère qui n’a plus retrouvé le plat qu’elle venait de préparer un jour où je suis venue la voir sans la prévenir.

Les personnes âgées gèrent beaucoup moins bien le stress. Cette émotivité perturbe leur performance !

Quels sont les modifications du cerveau vieillissant ?

A partir de 30 ans, les examens morphologiques du cerveau comme l’IRM montrent une atrophie cérébrale débutante traduisant la diminution du nombre des cellules nerveuses, les neurones. Il n’y a pas de possibilité de régénération de ces cellules.

Pas la peine de s’inquiéter pour autant :

Le nombre initial de neurones est très important ce qui fait qu’il en reste beaucoup et pour longtemps. Mais cela a quand même quelques conséquences.

Vous-même, vous avez peut-être remarqué que votre cerveau a pris quelques rides !

Par exemple, plus jeune vous pouviez faire plusieurs choses à la fois : Faire la cuisine, en vous occupant de vos enfants, tout en répondant à vos mails.

Une mère faisait du multitâche.
En plus, si vous regardez bien, la maman a mis quelques bigoudis pour être aussi très belle quand son prince charmant arrivera !

Maintenant, vous préférez gérer calmement un problème à la fois quitte à décrocher le téléphone s’il sonne trop souvent.

Ce phénomène s’amplifie avec le temps.

Un cerveau plus âgé a plus de difficulté à traiter plusieurs informations en même temps. Ses capacités d’attention sont diminuées.

Les seniors ne peuvent faire qu’une seule chose à la fois. Lors de mes consultations, j’ai pu constater qu’il est impossible pour une personne très âgée de se déshabiller en répondant à une question. Plus tard encore, il peut être difficile de parler en marchant, tout simplement.

Et malheureusement ce n’est pas tout :

Un cerveau âgé est plus lent.

Peut-être avez-vous déjà noté que vous même étiez moins rapide ?

Avant vous étiez capable de décider vendredi de partir en week-end.

Les départs en vacances se faisait parfois en dernière minute auparavant.
Bon d’accord, c’était parfois folklo !

Maintenant vous aimez programmer à l’avance, vous renseigner sur la météo et les moyens de transports, réserver l’hôtel …

Vous dites que vous êtes plus organisés ; vos enfants disent que vous êtes plus lents !

Vos parents, c’est pire encore !

Ils ont besoin de beaucoup de temps pour se préparer, pour faire, pour anticiper, pour apprendre.

Sachez en tenir compte, si vous prévoyez une activité nouvelle. Prévenez-les à l’avance. Expliquez-leur le déroulement des choses. Sinon, ils craignent de ne pas savoir, d’être ridicule. L’imprévu les stresse inutilement et réduit leur capacité d’apprendre.

De la même manière que le corps court moins vite, le cerveau pense moins vite. C’est un fait, acceptez-le.

Conclusion

Avec l’âge, les possibilités intellectuelles sont préservées. Il suffit de considérer la longévité de certains hommes politiques ou artistes.

Certaines facultés baissent comme celles basées sur la mémoire à court terme très vive chez l’enfant – et utilisée dans le memory-. Mais les facultés stratégiques ou créatives sont conservées, bénéficiant même de l’expérience et donc de l’âge, ce qui permet l’adaptation de l’individu, heureusement.

Picasso n'a jamais eu de problèmes de mémoire.
Picasso a continué à créer jusqu’à sa mort à 92 ans.

Vos seniors peuvent continuer à apprendre. Ce sera d’ailleurs la meilleure façon d’entretenir la mémoire, de lutter contre l’apparition de maladie comme l’Alzheimer. Cela leur assurera une vie agréable, intéressante et adaptée au monde d’aujourd’hui.

Surtout, vous pouvez les aider en entretenant leur motivation et leur attention.

Mais attention, une seule chose à la fois. Soyez patient !

L’apprentissage est plus lent. Il faut que les explications soient claires, détaillées et répétées.

Enfin, il faut respecter le rythme de nos seniors afin d’éviter tout stress qui diminuera toutes leurs performances, physiques et intellectuelles.

Oui, avec ces conditions, ils peuvent encore apprendre…

Alors encouragez- les !

Un commentaire

  1. HG a dit:

    J’adore l’analogie avec les gitans. Quelque part ces gitans me semblent avoir moins de chances de se laisser piéger par le matériel, plus de vivre dans le présent, de devoir jouer de créativité et de profiter du peu qu’ils ont. 
    Ne pourrait-on pas voir un peu de piquant dans cette précarité, un sens de légèreté, de la liberté de créer sa vie à tout instant?… Sans doute plus facile si cela ne nous est pas imposé, mais ça vaudrait peut-être la peine de se rappeler de jouer avec l’idée quand nous sentons que nous perdons des billes …
    Merci Sylvie pour l’inspiration!

    13 mai 2016

Les commentaires sont fermés.