6 raisons de choisir d’aider ses parents

Dans les sociétés traditionnelles, notamment au Vietnam, la famille reposait sur la solidarité entre les membres.

Actuellement, en France, l’habitude n’est pas à la cohabitation avec ses parents âgés, ni au culte des ancêtres, mais nous aimons aussi nos aïeux.

Soyons honnête, c’est parfois une lourde charge de s’occuper de ses parents.

Malheureusement les besoins et donc le temps nécessaire augmentent avec l’âge.

Peut-être avez-vous pensé, comme moi certaines fois, que c’était votre vie à vous qui passait aussi pendant tout ce temps ?

Et vous auriez préféré lire, faire du sport, écouter de la musique, voir vos amis ou rester sans bouger. Bref, pouvoir vous occuper de vous.

Alors pourquoi faire le choix un jour d’accompagner activement ses parents ?

Un jour, Chan, mon père, m’a affirmé :

« Ce n’est pas aux enfants de faire le bonheur des parents. Chacun a dans sa besace des outils pour réussir sa vie et doit agir pour son propre bonheur. Par contre, s’occuper des autres peut apporter du bonheur pour soi »

Autrement dit, il ne faut pas vous occuper de vos parents par simple obligation morale mais parce que vous êtes convaincu que c’est utile pour eux et que c’est un moyen d’épanouissement personnel pour vous.

Pourquoi ?

Sauf accident de parcours, vos parents vont vivre très vieux. Vous allez être confrontés à leur perte de capacités. Il va donc falloir décider de vous impliquer un peu, beaucoup… ou pas du tout dans leur vie.

Vous n’êtes pas obligés de le faire ! Vous devez être convaincu que vous le faîtes aussi pour vous.

Pour enrichir votre réflexion, j’ai eu envie de donner six bonnes raisons de le faire. Il y en a plein d’autres bien sûr.

  • Vous restez acteur de votre vie
  • Vous profitez de leur expérience
  • Vous connaitrez mieux votre histoire familiale
  • Vous pourrez peut-être régler des problèmes anciens
  • Vous vous préparez à leur disparition
  • Vous réfléchissez à votre propre viellissement

1- Accompagner vos parents pour rester acteur de votre vie

Comment ?

En anticipant la perte d’autonomie inéluctable, progressive ou brutale, vous pouvez prévoir les solutions pour y remédier.

Vous éviterez de subir une situation non désirée.

Par exemple vous avez constaté que votre parent a de plus en plus de mal à monter dans sa chambre à l’étage. Je vous conseille de prévoir un lit au rez dechaussée. Sinon au premier problème, vous serez peut-être obligé de prendre votre parent chez vous, ce que vous pouvez redouter.

Votre mère est moins efficace dans son travail ménager ? Décidez la à prendre une aide-ménagère avant que ce soit vous qui soyez obligé d’entretenir sa maison.

Rester acteur de sa vie, c’est choisir ou non d’aider ses parents, beaucoup, un peu ou pas du tout.

Tout le monde ne peut aider ses parents. Il y a des impossibilités pratiques, géographiques par exemple. Il y a des impossibilités relationnelles liées à la personnalité ou l’histoire des protagonistes.

Rester acteur de sa vie est aussi décider de l’importance de l’aide en temps et en fréquence.

Réfléchissez.

Qu’avez-vous réellement envie de faire ? A l’inverse que ressentez-vous comme obligation de faire ? Et pourquoi ?

Au moment où vous prenez conscience qu’il faudra vous impliquer, il faut réfléchir et choisir en fonction de vos propres désirs et possibilités.

Chacun fait ce qu’il peut. Il n’y a pas de jugement à porter !

Accompagner activement vos parents vous permet d’anticiper et d’éviter de subir une situation non désirée.

2- Vous allez profiter de leur expérience.

Aider ses parents permet d’avoir des contacts réguliers avec eux. On échange sur les petits problèmes de la vie.

Vous serez surpris de la qualité de leurs conseils : ils nous connaissent bien, ils sont désintéressés. On profite de leur expérience.

Par exemple, vos parents peuvent vous aider à comprendre les changements de la relation avec vos enfants lors de l’adolescence puisqu’ils ont déjà expérimenté la chose avec vous !

Je m’étonnais auprès de ma mère des transformations radicales de mon fils, qui jusqu’alors m’avait paru tout à fait normal, en adolescent à houppe gominée, pantalon trop large montrant la moitié de son slip et grosses chaussures à lacets défaits.

Aider ses parents âgés pour mieux comprendre ses propres enfants.
Mon fils ressemblait un peu à ça.

Ça a beaucoup amusé ma mère qui m’a répondu en riant :

« Il faut que la jeunesse se passe, tes enfants sont ma vengeance ! »

Il est vrai que les relations n’avaient pas été toujours au beau fixe avec mes propres parents et que finalement les choses s’étaient bien passées avec un peu de patience et de bonne volonté.

Bref, échanger avec vos parents permet de relativiser les problèmes qui ont toujours existé entre les parents et les enfants.

3- Vous allez mieux connaitre votre histoire familiale.

Les anciens racontent les histoires de leur enfance ou du temps passé ; parfois plusieurs fois ! Même que vous pouvez trouver cela pénible.

Écoutez-les !

Vous allez sûrement découvrir des faits jamais dits par pudeur et que vous ignoriez. Ils vous  feront comprendre certaines particularités voire secrets de votre famille.

Excellent moyen de connaitre l’histoire familiale et de vous inscrire dans la lignée.

Ma mère Emilie en vieillissant est devenue plus bavarde sur sa jeunesse. En plus, s’étant peut-être libérée d’une certaine bienséance, elle raconte des faits inédits et décrit toutes ses émotions anciennes sans retenue.

Ainsi elle m’a raconté dans le détail comment elle avait rencontré mon père. D’abord elle m’a dit qu’environ un an avant, sur une fête foraine, elle avait accompagné une de ses amies chez une voyante. En regardant les lignes de sa main, celle-ci avait dit :

« Je vois un homme, un étranger, sur un bateau qui fait un grand voyage pour vous rejoindre. »

Un an après, Emilie est dans le train qui la ramène chez elle à Pont-St-Vincent, un petit village lorrain. Elle y voit un beau jeune homme en train de manger des gâteaux, manifestement étranger puisqu’il est vietnamien.

A la sortie de la gare, cet homme demande au chef de gare où est le centre de vol à voile –mon père rêvait d’être pilote d’avion- Il lui est répondu que la jeune femme, Emilie donc, pourrait le guider puisqu’elle prend le même chemin…

Figurez-vous que, cinq jours après, mon père demandait Emilie en mariage et Emilie était convaincue que c’était l’homme de la voyante –effectivement mon père était sur le bateau qui l’amenait de Haiphong à Marseille-

Bateau pour illustrer comment ma mère à rencontrer mon père.
« Un étranger sur un bateau vogue pour vous rejoindre… » Plutôt romantique non ?

L’histoire du mariage ne s’arrête pas là bien entendu. Vous pouvez bien imaginer qu’un mariage entre une blonde alsacienne et un vietnamien était difficilement imaginable dans les années cinquante…

Un petit bémol cependant : lorsque les troubles de mémoire deviennent importants, le sénior va inventer ce dont il ne se souvient plus. Dans ce cas, les faits doivent être acceptés avec beaucoup de circonspection.

4- Vous pouvez régler des conflits anciens.

Personne n’aime les conflits. Et vous avez tout intérêt à résoudre les vôtres s’il y en a.

Mieux connaitre leur biographie permet d’interpréter et de relativiser certains conflits anciens. Votre relation s’en trouve renforcée.

Exemple : mon père m’a raconté très tard dans sa vie les atrocités des Japonais au Vietnam pendant la guerre. J’ai alors compris à ce moment là pourquoi il n’a jamais voulu rencontrer une excellente amie japonaise lorsque j’avais 20 ans ! Ce que j’avais interprété comme du sectarisme.

5- Cela permet de vous préparer à leur disparition.

Avouez que ce n’est pas toujours facile de voir vos parents vieillir et perdre leurs facultés. C’est parfois démoralisant. En réalité, vous pouvez le voir autrement.

Voir vos parents vieillir vous permettra de ressentir l’humanité de la vieillesse et de mesurer leur courage pour y faire face.

Vous ferez progressivement le deuil de nos parents jeunes, beaux, et forts.

Le jour de la vraie séparation, vous serez prêts. Vous aurez intégré l’idée que c’est l’aboutissement d’un long processus naturel.

Vous aurez la satisfaction d’avoir accompagné cette démarche. Il sera alors plus facile d’intégrer en vous leur mémoire.

Deux personnes face à la mer qui se prépare à la perte de leur parents en perte d'autonomie.
Accompagnez vos parents pour vous préparer à leur disparition.

6- Ils vous permettent d’envisager votre propre vieillesse avec sérénité.

Nos parents sont de grands explorateurs de la vieillesse. Ils nous montrent la voie.

Ce sera notre tour un jour.

Les aider à avoir une vieillesse heureuse nous permet de penser que c’est une période qui mérite d’être vécue.

Et ce n’est pas rien, car on va nous-même vivre cette vieillesse pendant de nombreuses années.

Conclusion

Peut-être avez-vous ressenti que s’occuper de vos parents était une obligation morale. Toute obligation sous-entend contrainte, effort, frustration…

Comme vous, j’ai eu ces sentiments négatifs. Puis la réflexion avançant, ma relation avec les personnes âgées devenant plus active et réfléchie, j’ai interprété différemment la situation.

Sûrement vous les aidez parce qu’intuitivement, vous sentez que c’est bien de le faire.

Essayez de penser que c’est bon de le faire pour eux bien sûr mais également pour vous. Donnez un sens positif à cette relation.

Vous ne subirez plus la situation. Celle-ci sera beaucoup plus enrichissante pour votre parent et pour vous.

Qu’en pensez-vous ?

2 commentaires

  1. Alix Hoang a dit:

    Super cet article !
    Oui c’est chronophage et parfois un peu décourageant de voir nos parents qui nous ont guidés et soutenus, devenir si fragiles. Cela nous confronte à des réajustements permanents dans la relation. Il faut rentrer dans un espace/temps différent. Le temps des personnes âgées est plus lent, avec une importance plus grande donnée au passé, leur espace physique semble plus restreint et se recentre sur leur espace intérieur… Pas facile quand les contraintes du quotidiens nous imposent un tempo rapide, planifié.
    Pour être bien en s’occupant d’une personne âgée, il faut accepter de se mettre à leur rythme, un peu comme lorsque l’on passe du temps avec un enfant on doit un peu laisser de côté l’idée de parvenir à un résultat prédéfini dans un temps imparti. Ce qui compte c’est l’activité, le temps partagé. Alors oui, on y trouve une satisfaction !

    24 février 2016
  2. sylvie a dit:

    C’est tout a fait cela : continuer à partager encore et toujours… malgré les altérations liées à l’âge.

    28 février 2016

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