Surdité des personnes âgées : Pourquoi ça ne sert à rien de crier

Dans vos relations avec les seniors, vous avez sûrement déjà été gênés par la surdité. C’est un problème très fréquent surtout gênant car il isole le malentendant.

Vous connaissez surement aussi des personnes âgées qui entendent mal, non ?

Vous n’êtes pas les seuls :

Selon l’OMS, 360 millions de personnes ont des problèmes d’audition.

Mon père Chan a été sourd jeune. Cela avait été favorisé par la prise excessive de quinine contre le paludisme lorsqu’il vivait au Viêt-Nam. Puis il a fait son service militaire dans la défense anti-aérienne où, à l’époque, on ne mettait pas de casque anti-bruit…

Cette surdité le mettait un peu au-dessus des contingences quotidiennes. Ma mère Emilie disait

« Il n’y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ! »

Nous l’appelions alors le savant Cosinus car il était distrait. Cependant quand le sujet l’intéressait, il pouvait brusquement entendre des choses qu’on aurait peut-être préféré qu’il n’entende pas. Cela témoignait de ses possibilités d’adaptation, fort utiles.

Le savant Cosinus illustre très bien un sénior malentendant avec une perte auditive.
Créé par Christophe, le savant Cosinus est un personnage de bandes dessinées très savant mais très distrait.

Il a toujours été rétif à l’idée d’appareillage. Il pensait que l’appareil rendrait son oreille paresseuse et préférait « l’entrainer ». C’est bien sûr une idée complètement fausse.

Les appareils étaient plutôt dans ses poches qu’aux oreilles. Pour vous dire, un jour un des appareils est tombé dans un feu où il brûlait les herbes de son jardin…

Ça m’avait bien énervée compte-tenu des efforts que j’avais fait pour l’appareiller !

Vous aussi connaissez la patience qu’il faut avoir avec un parent malentendant :

Vous lui dites quelque chose et il ne comprend pas ou comprend son contraire. Vous haussez le ton, ce n’est pas mieux. Vous parlez encore plus fort, plus vite, c’est pire ! Vous paraissez irrité, et vous l’êtes ! Il est énervé aussi et se sent agressé.

Parfois par lassitude, vous simplifiez le message qui perd toute subtilité pour ne devenir que fonctionnel.

Les sourds sont malheureux :

Car leur vie de communication est perturbée. Ils sont l’objet des moqueries de leurs proches. On leur reproche leur inattention, leur distraction ou leur mauvaise foi.

« Il n’entend que ce qu’il veut ! »

L’hypoacousie (baisse de l’audition) est une source  de conflit dans les familles. Chacun attribue à l’autre la responsabilité de la mauvaise entente qui peut devenir la mésentente à la longue.

Bien sûr, vous pouvez  améliorer la situation :

Je vais vous donner quelques trucs  pour rendre plus intelligibles les conversations.  Si ces premières mesures essentielles sont insuffisantes, il faudra envisager avec votre parent un appareillage avec par exemple une prothèse auditive.

Je suis persuadée que ces conseils simples vont améliorer la communication avec vos séniors. Or maintenir une communication de qualité est un principe de base si vous voulez aider votre parent.

Voilà un plan d’action en 4 étapes :

  • Faîtes accepter la surdité par votre parent
  • Prévoyez un bilan médical
  • Comprenez la nature de la détérioration de l’oreille
  • Permettez l’adaptation du sourd et de son environnement.

1- Prenez conscience et faites admettre le problème au sourd

C’est parfois difficile et ça va peut-être vous demander du temps. Souvent le malentendant qui a vu le handicap survenir très progressivement ne se rend absolument pas compte qu’il entend mal :

« Vous parlez trop bas ! Tous en même temps ! »

« Vos ados n’articulent pas ! Ils marmonnent ! »

C’est vrai que les ados ont leur propre langage, que vous avez sans doute déjà du mal à maîtriser, et que les grands-parents ne comprennent pas du tout !

Pour tout vous dire, j’étais moi-même un peu dépassée par mes propres ados, si bien qu’on m’a offert ce livre :

Le lexik des cités pour apprendre le vocabulaire des jeunes
C’est un dictionnaire des cités, très drôle d’ailleurs.

Mais, il est plus probable que la perte d’audition du sénior soit la cause de leur incompréhension  plutôt que leur manque de vocabulaire.

Alors c’est bien normal qu’il soit obligé de faire répéter. Normal qu’il soit obligé de monter le son de la télévision, qu’il n’entende plus la sonnette ou le téléphone…

Il vous faudra de la patience pour convaincre votre parent que c’est lui qui est en cause et pas les autres. Et qu’il doit réagir.

Comment le convaincre ?

Faites-lui remarquer que les interlocuteurs évitent maintenant de lui parler ou donnent l’information à une autre personne que lui. Une fois par exemple, le dentiste m’avait téléphoné pour m’expliquer les soins qu’il allait faire à mon père pour que je puisse lui expliquer.

La surdité peut par ailleurs entraîner des attitudes bizarres ou inconvenantes : le sourd crie trop fort ce qu’il aurait dû dire à voix basse. Il parle trop haut à la bibliothèque, aux enterrements…

Sa surdité gène aussi son entourage. Il devient impossible de regarder la télévision avec lui car le son est trop fort.

Parfois, le conjoint quitte la pièce.

En soulignant ces points, vous lui montrerez le risque d’isolement si les choses s’aggravent. Il perd la possibilité d’intervenir, de donner son avis et donc d’agir.

2- Demandez à votre médecin de faire un bilan auditif

Le bilan médical est une étape importante.

Le plus souvent, l’atteinte est liée au vieillissement. C’est ce qu’on appelle la « presbyacousie » par analogie avec la presbytie qui est l’atteinte de la vision liée à l’âge et que l’on connait mieux.

L’ORL (oto-rhino-laryngologiste) va faire un examen complet pour rechercher une autre cause qui pourrait nécessiter un traitement spécifique. Il y aura donc un examen de l’oreille puis un audiogramme.

Lors de cet examen ORL, le médecin teste différents sons allant du grave à l’aigu à des intensités variables.

L'examen ORL teste la perte d'audition d'une personne âgée sourde.
Plus la personne est âgée, plus elle a des déficiences d’audition.

Si l’examen est en faveur d’une atteinte liée à l’âge, il n’y a pas besoin d’autres examens plus compliqués.

Par contre, cet examen ORL est fondamental car il objective la surdité auprès du sénior et de son entourage. De plus, il quantifie sa sévérité qui a pu être méconnue du fait des possibilités de compensations liée à l’intelligence du sourd.

L’ORL va alors pouvoir adapter ses conseils. Grâce à cet examen, l’entourage va admettre que le sourd n’y peut rien s’il répond à côté de la question.

Le sourd va aussi comprendre que sa gêne est vraiment liée à la surdité et qu’il doit faire quelque chose.

3- Comprenez le dysfonctionnement de l’oreille sourde

Avez-vous remarqué ?

Même lorsque vous criez au téléphone, l’information ne passe pas.

La surdité liée à l’âge n’est pas simplement une augmentation du seuil de perception des sons.

L’atteinte de l’oreille n’est pas que quantitative. Elle est aussi qualitative.

  • La perception des aigus va être plus touchée que les graves.

Ce qui explique une distorsion des sons. Les mots sont modifiés, transformés et mal interprétés. Chameau devient chapeau !

  • Il existe une intolérance aux bruits forts.

Avez-vous remarqué qu’à partir d’une certaine intensité, les sons deviennent désagréables ? Que vous-même supportez moins bien qu’auparavant les fortes intensités ?

Avant vous alliez aux concerts de rock sans problème. Maintenant vous mettez discrètement des bouchons d’oreilles.

C’est le propre de l’oreille qui vieillit.

Le kit de survie en concert pour les jeunes et les adultes.
Quel confort d’avoir des boule quiès pour les concerts en plein air !

Pour le sourd, le confort sonore est dans des bornes plus étroites. Trop bas, il n’entend pas ; trop haut, le son est perçu comme désagréable et même agressif.

« Ne criez pas, je ne suis pas sourd ! »

Donc parlez un peu plus fort mais pas trop fort…

  • Le sourd perd la faculté de discriminer les sons

Une oreille jeune peut suivre une conversation dans le brouhaha d’une soirée. Devant un orchestre, elle peut percevoir le chant de chaque instrument.

Le malentendant est perdu si il y a plusieurs sons ensemble : à table dès que plusieurs personnes parlent entre elles, tout se mélange. Il ne peut plus suivre le fil de sa conversation.

Voilà le plus intéressant :

La distorsion des sons, la perte de la discrimination, l’intolérance aux bruits forts expliquent qu’il ne suffit pas de parler plus fort pour que le sourd comprenne.

Je viens de vous expliquer comment fonctionne l’oreille d’un malentendant. Vous en savez désormais plus que la plupart des personnes qui parlent aux malentendants. Je suis sûre que ça va vous aider pour mieux vous adapter.

Maintenant, je vais partager avec vous quelques secrets pour mieux communiquer avec votre parent sourd.

4- Comment améliorer la communication

Tous les moyens sont bons pour retrouver les échanges qui sont le sel de la vie.

Il va falloir changer quelques équipements dans la maison :

  • Changez la sonnette.
  • Achetez un téléphone avec une sonnerie plus forte, des grosses touches et une lampe clignotante en cas d’appel.
Téléphone pour sénior malentendant
J’ai acheté ce téléphone pour personne âgée pour ma mère. Depuis, elle ne loupe jamais un appel.
  • Pour la télévision, prévoyez un système d’écouteurs porté par le patient.

Un appareil auditif pour que les personne agée malentendante puisse regarder la télé.

  • Améliorez la qualité de la chaine Hi-Fi pour que le sourd mélomane retrouve l’émotion de la musique
Musique pour les personnes malentendantes.
Votre parent pourra apprécier à nouveau le charme de sa musique classique ou de son jazz préféré.

 Il faut que l’entourage fasse quelques efforts aussi :

  • Parlez à une intensité discrètement augmentée et surtout plus lentement et donc distinctement.

La première fois, vous aurez un peu l’impression de parler comme un robot mais vous allez vous y habituer très vite.

Cela permettra au sourd de reconstituer le mot à partir des bribes qu’il entend (un peu comme une dictée à trous).

N’oubliez pas que le sourd entend mieux les graves que les aigus donc posez votre voix dans les graves (souvent quand on est énervé, on crie et la voix devient plus aiguë.)

  • Mettez-vous en face de votre interlocuteur et articulez les mots avec les lèvres. Cela facilite la lecture labiale.

Je répète encore une fois : Ar-ti-cu-lez ! C’est dix fois plus efficace que de hausser la voix.

  • Evitez les ambiances bruyantes : par exemple dans les restaurants choisissez le coin le plus calme possible et évitez les musiques d’ambiance.
  • A la maison, faites la chasse aux bruits parasites. Par exemple, dans la cuisine où marchent le four, le lave-vaisselle et la hotte aspirante, il va être difficile de converser.
  • Appelez-le par son prénom avant de lui dire quelque chose. Mieux vaut dire « Pierre, passe-moi le sel » que « Passe-moi le sel, Pierre». Le prénom alertera spécifiquement votre parent.
  • Évitez de parler tout le monde en même temps. A table par exemple, quand la conversation s’emballe, rappelez à l’ordre. Pour éviter que ce soit toujours le sourd ou vous qui interveniez, convenez avec votre famille d’un signal qui rappelle cette nécessité.
  • Choisissez la place du sénior en fonction de ses affinités en évitant de le placer à côté de la cousine qui parle trop et fort.

Conclusion

C’est un fait, beaucoup de personnes âgées deviennent sourdes. Mais, en sachant les principes de bases que je vous ai transmis, vous pourrez préserver une bonne communication avec votre parent.

Tous ces conseils sont faciles à mettre en œuvre et vont permettre rapidement d’améliorer la situation.

Essayez en adaptant à votre sourd et votre famille !

Pour Chan, nous avions appris à nos enfants « la langue robot » qui leur semblait un jeu. Il y avait aussi un diapason sur la table. Ainsi, lorsque tout le monde parlait ensemble mon père ou un autre donnait le « la », symbole de l’entente familiale.

L’étape suivante a été de convaincre mon père de mettre un appareil auditif. Ça n’a pas été facile.

Je crois que ça risque de devenir également votre prochain combat.

Courage !

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